La naissance d'un enfant modifie-t-elle la répartition des tâches au sein du couple ?
C'est l'objet de l'étude réalisée par Arnaud Régnier-Loilier, démographe à l'Institut national d'études démographiques (INED) et spécialiste de la famille.
Les résultats sont sans appel : la naissance d'un enfant accentue le déséquilibre dans la répartition des tâches ménagères entre hommes et femmes. Après avoir interrogé le même échantillon de personnes (plus de 16.000 personnes lors des deux phases) à trois ans d'intervalle, il apparaît que 58% des femmes avec un enfant s'occupait du repas en 2008, alors qu'elles n'étaient que 51% quand celles-ci n'en avaient pas en 2005.
L'étude révèle aussi que cette tendance s'accentue quand le nombre d'enfants augmente. 72% des femmes interrogées en 2005 avec un premier enfant s'occupaient de préparer le repas et sont 77% avec un enfant supplémentaire à se prêter à la tâche en 2008.
"En revanche, pour la tenue des comptes et le repassage, seule l'arrivée d'un premier enfant accentue le déséquilibre", note l'INED dans son étude. C'est notamment le cas du repassage puisque 57% des femmes en couple sans enfant s'adonnait à la tâche en 2005 contre 66% pour les mêmes personnes avec un premier enfant en 2008.
La tâche la moins mal partagée au sein du couple est la gestion de la vie sociale – invitations chez des amis, préparation des vacances, relations avec la famille –, mais même là, les femmes s'impliquent nettement plus que les hommes.
Cette progression du déséquilibre dans les tâches ménagères peut s'expliquer par le fait que certaines femmes choisissent d'arrêter ou de réduire leur activité professionnelle lors de l'arrivée d'un enfant. 25% des femmes qui ont accouché d'un premier bébé entre 2005 et 2008 ont cessé ou réduit leur activité, 32 % parmi celles qui ont eu un enfant supplémentaire.
Ce bouleversement des équilibres familiaux entraîne un insatisfaction chez les femmes, insatisfaction qui croît avec le nombre d'enfants : 50 % des mères d'au moins trois enfants déclarent des taux d'insatisfaction élevés, contre 40 % des mères de deux enfants et 30 % des femmes sans enfant. Les hommes, en revanche, ne semblent pas mécontents de la situation : le nombre d'enfants, qui n'influe en rien sur leur taux d'activité, ne pèse pas sur leur degré de satisfaction.
Un troisième entretien est prévu en 2011.